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Interview de Philippe David : Réagencer le travail

Publié le 20/03/2018

Les raisons de repenser l’aménagement de l’espace de travail sont multiples. Croissance, décroissance, fusion, acquisition… fédérer, réunir tous les salariés sous le même toit et optimiser les coûts ne sont plus les seules priorités.

Aujourd’hui, les objectifs sont plus larges, l’évolution du travail lui-même, plus nomade, collaboratif, intergénérationnel, et l’importance que cela ne s’opère pas au détriment de valeurs telles que le sentiment d’appartenance à l’entreprise.

Le point avec Philippe David, PDG de form’a.

Informations Entreprise : Notre rapport à notre environnement de travail a-t-il évolué ?

Philippe David: Quatre changements majeurs impactent les environnements de travail.

Le premier : l’acceptation par les organisations, les dirigeants, que le bien-être au travail est un atout pour les entreprises. Quand bien même la productivité tertiaire n’est pas réellement mesurable, tout le marché a accepté l’idée que le bien-être au travail de chacun favorise la performance individuelle et la réussite de l’entreprise. De cette nécessité de veiller au bien­ être des collaborateurs, émerge un grand besoin d’outils, de méthodes et de savoir-faire dans l’accompagnement au changement et la mesure continue de la satisfaction des utilisateurs. Troisième évolution notable : l’émergence de tiers lieux – espaces de coworking, incubateurs, accélérateurs, fablab (hackerspace, medialab, living lab… ) – qui proposent tous les jours de nouveaux lieux pour le « happy work ». Ces espaces, créés à l’origine pour répondre aux besoins des travailleurs indépendants, de microstructures, de tests marché ou de situations de transition sont finalement largement utilisés par de grandes entreprises. Celles-ci fournissent ainsi l’occasion à leurs collaborateurs de «tester» ces nouveaux environnements et leur proposent une alternative au télétravail en leur offrant un espace à proximité de leur logement. C’est également pour elles un moyen de s’affranchir de la rigidité de la prise à bail classique (3/6/9 ans). Enfin, la nécessité croissante pour les organisations de favoriser l’innovation est certainement un des facteurs qui, avec le développement du télétravail, va le plus impacter les aménagements des entreprises. Les environnements de travail doivent aujourd’hui favoriser les rencontres avec leur écosystème et libérer les idées à tous les niveaux de l’organisation.

IE: Vous parlez d’« environnement de travail nouvelle génération»

PhD : Le nomadisme qui s’est accru grâce à la portabilité des outils et à leur miniaturisation est une des composantes de l’environnement de travail contemporain. Il faut ainsi   envisager de pouvoir travailler depuis différents endroits, avec la problématique de la porosité sphère professionnelle / sphère privée. Une autre caractéristique est la cohabitation de plusieurs générations, jusqu’à quatre, bientôt cinq au sein d’une même entreprise. Il y a donc également une nécessité de soutenir le travail collaboratif et multigénérationnel en organisant des espaces qui supportent ces nouveaux besoins.

A l’instar des GAFA Google, Apple, Facebook, Amazon, presque toutes les organisations réfléchissent à l’implémentation de la collaboration en mode agile et à l’apport du Design Thinking dans leur propre structure.

Il s’agit de ne pas être en retard par rapport à ces concurrents, de retenir et d’attirer les talents. Bien entendu, là encore, l’environnement de travail peut être un accélérateur, un facilitateur de ces changements.

IE : Qu’attendent les salariés de leur lieu de travail aujourd’hui ?

PhD : Moins de stress et une diversité d’espaces pour les différents besoins de leur journée. La définition du stress par le CNAM (Conservatoire National des Arts et Métiers) est un objectif non atteint ou difficilement atteignable pour une cause exogène, qu’on ne maitrise pas. Par exemple rater son avion à cause des embouteillages. Les salariés attendent de leur lieu de travail qu’il leur permette d’atteindre leurs objectifs dans de bonnes conditions, donc des espaces adaptés à leurs besoins aux différents moments de la journée ou de la semaine : pouvoir s’isoler pour mieux se concentrer, communiquer, se réunir à deux ou plus, travailler à distance… L’entreprise doit servir cette réalité nouvelle. Car c’est cette multiplicité d’espaces de travail, avec des lieux ouverts et d’autres de repli, dédiés chacun à des tâches différentes (activity-based), qui améliore le bien-être au travail. Si la proportion de ces différents espaces n’est pas bonne, alors apparaissent des difficultés.

IE : L’adhésion à ces nouveaux aménagements de l’espace de travail est-elle toujours acquise ?

PhD : Aujourd’hui les grands comptes sont proactifs dans la demande et l’achat de prestations d’accompagnement au changement. Tous ont intégré l’idée qu’un collaborateur qui se sent bien dans son espace de travail, a le sentiment qu’on a veillé à son bien-être, sera plus engagé et donc plus performant. Il y a par ailleurs une prise de conscience, la nécessité que les collaborateurs adhèrent sincèrement à ces nouveaux modes d’organisation. Il faut qu’ils en perçoivent la logique et les bénéfices. C’est pour cela, entre autres, qu’ils nous sollicitent : pour accompagner leurs collaborateurs. Dans les plus petites entreprises, cela va dépendre de la culture du dirigeant, et de ses expériences sur les questions de l’aménagement. Il est important que les utilisateurs soient convaincus que l’aménagement de leurs espaces ont été pensés pour faciliter leur travail, leur quotidien. Si l’on pousse un peu plus loin la réflexion, c’est aussi un moyen de communiquer avec ses équipes et donc un outil de management.

IE : Le public est-il suffisamment sensibilisé à cette problématique ?

PhD : Il y a un écart immense entre les experts chez nos clients, les experts que nous sommes, et la connaissance de ces sujets par les utilisateurs. Pourquoi ? Parce que l’endroit où nous passons le plus clair de notre temps, donc l’environnement de travail, est absent des médias traditionnels. À part survolé quelquefois le sujet, qui concerne pourtant des millions de personnes. n’est nulle part abordé de manière concrète et approfondie, à l’exception des médias spécialisés. Les salariés n’ont donc rien qui puisse les renseigner, les éveiller ou les amener à réfléchir sur ce qu’est ou devrait être l’environnement de travail aujourd’hui. Il y a donc une véritable acculturation à faire pour les sensibiliser à ce qui peut être réalisé en termes de qualité de vie au travail.

IE : Quels défis nous attendent demain ?

PhD : Nous sommes dans une phase de transition. Les espaces de coworking sortent comme des champignons et se remplissent, ce qui tend à prouver qu’ils répondent bien à un certain besoin. Mais c’est une phase de transition, pour l’instant, c’est encore neuf, on teste. Le marché n’a pas mené de réflexion aboutie pour comprendre pourquoi les salariés en étaient aussi friands, quels étaient les risques aussi. Quid du sentiment d’appartenance à l’entreprise si tout le monde travaille depuis des espaces de coworking? Qu’advient-il alors du rôle du siège social? Les personnes et les entreprises s’essaient à cette nouvelle typologie d’espaces de travail, mais il faut réfléchir de manière plus globale. On a besoin de présentiel dans l’acte de collaborer, besoin de se sentir appartenir à un groupe, et ce n’est pas dans un espace de coworking multi-entreprises qui n’a pas l’âme de la sienne que cela peut se produire. Les collaborateurs ont besoin d’un lieu où se retrouver et se sentir « comme à la maison» pour développer ce sentiment d’appartenance. Quelles formes? Quelles fonctions? Dans quelles proportions ? La recomposition du travail est en réflexion et leurs environnements en pleine ébullition.

Bio express Philippe David

  • 2000 : Directeur Général de Form’a
  • 2002 : Obtention du MBA de HEC
  • 2004 : Rachat de 100% des parts de Form’a
  • 2006 : Publication du livre Espace de travail – Travail de l’espace et lancement du concept « Environnement De Travail »
  • 2009 : Lauréat Arseg Campus Microsoft
  • 2010 : Création de la filiale Form’a Real Estate Consulting et participation à la rédaction du Livre Blanc de l’Association des Directeurs Immobiliers (ADI), Mener un projet en immobilier d’entreprise (« Innovations récentes, évolutions de l’environnement du poste de travail »)
  • 2011 : Certifications ISO 9001 & 14001
  • 2013 : Création du Cahier de Prospectives ainsi que la création des marques : Imaginative Workplace / Form’a Workplace Strategy / Form’a Workplace Consulting. Cette même année Form’a est Partenaire de la Chaire Immobilier de l’ESSEC
  • 2016 : Lancement de l’outil collaboratif DIAG
  • 2017 : Lancement d’une nouvelle approche d’accompagnement au changement
  • Avril 2018 : Refonte site web et charte graphique

Paru dans Informations Entreprise N°168, Avril, Mai, Juin 2018.